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puce Dossier (le 24/01/2008 à 16h57)

Dossier

Introduction


Origines

Traduit généralement par image dérisoire, il vient du japonais ga, "dessin", "gravure", et man, "involontaire", "divertissant", pouvant signifier "sans but" mais aussi "au fil de l'idée", ce que l'on peut traduire par "esquisse rapide". En 1814, Hokusai, le peintre de la célèbre vague, cherche un nom pour qualifier les images de grimaces, qu'il a commencé à dessiner. Il finit par les appeler "esquisses rapides" ou "images malhabiles", c'est-à-dire manga en japonais. Un genre est né.


Quelques notions

Le dessinateur de manga est appelé mangaka. Les manga se lisent souvent dans le sens inverse des bandes dessinées occidentales : de droite à gauche (de même pour les bulles) ce qui correspond au sens de lecture japonais ( comme Attention aux faux liens ! ceci ). Toutefois, les éditeurs français ne se plient pas systématiquement à cette spécificité. Certains éditeurs choisissent alors de simplement retourner les images, ce qui occasionne des incohérences douteuses (un droitier qui devient gaucher, un coup porté au cur qui perd son sens avec une image inversée ou encore un salut nazi effectué du bras gauche dans L'Histoire des 3 Adolf). D'autres adaptent entièrement les ouvrages en retournant seulement certains images, changeant la mise en page et en redessinant certains éléments graphiques, ce qui a pour mérite de faire correspondre la forme des phylactères (moyen graphique utilisé en bande dessinée ou en illustration pour attribuer des paroles aux personnages ) avec l'horizontalité des systèmes d'écriture occidentaux (Casterman notamment, dans sa collection Écritures). Ceci génère toutefois un surcoût significatif et, dans un but d'économie et de respect de l'uvre originale, depuis quelques années, la plupart des éditeurs ont adopté le sens de lecture initial.


Diffusion

A la différence de l'Europe et des États-Unis, le marché de la bande dessinée au Japon n'est pas un marché de niche mais bel est bien un phénomène de masse qui touche une part énorme de la population (on estime à 50% le nombre de japonais qui lisent au moins un manga par semaine) et génère une importante activité économique. Il convient de savoir que les mangas japonais sont moins chers qu'en Europe, leurs prix avoisinant les 400 yens (2.85 début 2006). Le manga y est davantage considéré comme un objet de grande consommation que comme un objet de valeur à collectionner et à conserver.

Histoire des manga


Mouvements culturels initiateurs

Le manga, bien que très ancré dans la société japonaise moderne, trouve ses origines dans la période Nara ( cest l'une des 14 subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon. Elle correspond à l'époque qui s'étend entre 710 et 794 ), avec l'apparition des premiers rouleaux peints japonais : les emakimono. Ceux-là associaient en effet des peintures à des textes calligraphiés qui assuraient, ensemble, le récit d'une histoire que l'on découvrait au fur et à mesure que se déroulait le rouleau. Le premier des emakimono, le inga kyô, était la copie d'une uvre chinoise et marquait une nette séparation entre le texte et la peinture. Pourtant, dès le milieu du XIIe siècle, apparaissent les premiers emakimono de style japonais, dont le Genji monogatari emaki est le plus ancien représentant conservé. Ces derniers faisaient souvent intervenir de courts textes explicatifs après de longues scènes peintes. Cette priorité accordée à l'image - qui peut assurer seule la narration - est aujourd'hui une des caractéristiques les plus importantes du manga. De même, lors de la période Edo (cette période débute vers 1600, et se termine vers 1868 ), les estampes ( le résultat de limpression dune planche gravée ) étaient d'abord destinées à l'illustration de livres, mais, très vite, le rapport de force s'inversa et l'on vit l'apparition de « livres à regarder » en opposition avec les « livres à lire », avant la disparition totale d'écrits complémentaires et la naissance de l'estampe « indépendante » en une seule illustration : l'ukiyo-e. C'est d'ailleurs Katsushika Hokusai (1760-1849), le fondateur de l'estampe de paysage, qui donna son nom au manga (littéralement « dessins grotesques »), nommant ainsi ses célèbres caricatures qu'il publia de 1814 à 1834 à Nagoya. Enfin, et notamment dans le manga de type shôjo, l'Art Nouveau occupe une place prépondérante parmi les influences des mangakas.


La bande dessinée

Le manga ne connut pourtant sa forme actuelle - celle de bande dessinée -, qu'au début du XXe siècle, sous l'influence des revues commerciales étasuniennes. Diverses séries, comparables à celles d'outre-atlantique, virent donc le jour dans les journaux japonais. Le très antimilitariste « Norakuro » (le chien noir) de Tagawa Suiho, et « Boken Dankichi » (les aventures de Dankichi) de Shimada Keizo, seront les séries les plus populaires au Japon jusqu'au milieu des années quarante où toute la presse ainsi que toutes les activités culturelles et artistiques subissent la censure du gouvernement militaire, ce dernier n'hésitant pas à mobiliser ces milieux à des fins de propagande.

L'après guerre

Sous l'occupation américaine, les mangakas d'après-guerre subissent l'énorme influence des comics-strips ( terme généralement utilisé aux États-Unis pour désigner les bandes dessinées ) qui sont alors traduits et diffusés en grand nombre dans la presse quotidienne japonaise. L'un d'entre eux, influencé par Walt Disney, révolutionnera le genre et donnera naissance au manga moderne : il s'agit du célèbre Tezuka Osamu. C'est en effet Tezuka qui introduira le mouvement dans la bande dessinée japonaise par des effets graphiques comme des traits ou des onomatopées ( cest une catégorie d'interjection émise pour simuler un bruit particulier associé à un être, un animal ou un objet, par l'imitation des sons que ceux-ci produisent, par exemple : « cui cui » pour loiseau, ou « crak » pour une branche darbre qui tombe ) soulignant toutes les actions comportant un déplacement, mais aussi et surtout par l'alternance des plans et des cadrages comme il est en usage au cinéma, rompant ainsi avec une tradition théâtrale, les personnages étant jusque-là toujours représentés en pied, à égale distance et au centre de l'image. L'animation étant le véritable objectif de Tezuka, il réalisa la première série d'animation japonaise pour la télévision en janvier 1963, d'après l'une de ses uvres : Tetsuwan Atomu, plus connue en France sous le nom d'« Astro, le petit robot ». Finalement, le passage du papier au petit écran devint courant et l'aspect commercial du manga prit de l'ampleur, puisqu'il va maintenant jusqu'à loucher avec les jouets et jeux vidéos, ces derniers pouvant même être à l'origine d'un manga. Mais revenons au manga sur papier dans lequel Tezuka ne se contenta pas de bouleverser le mode d'expression puisque sa curiosité et son imagination fertile le poussèrent à en explorer les différents genres - alors principalement infantiles -, ainsi qu'à en inventer de nouveaux, participant de cette façon à l'émergence de manga pour adultes dans les années soixante avec lesquels il put aborder des sujets plus « sérieux » et des scénarios plus complexes, sans toutefois perdre de son humour ni trahir son profond humanisme, son antimilitarisme et sa crainte vis-à-vis de la domination de la société par la science.

Ainsi, les manga « grandissant » en même temps que ses lecteurs et se diversifiant selon les goûts d'un public de plus en plus important, l'édition du manga représente aujourd'hui plus d'un tiers par ses tirages et plus d'un quart par ses revenus de l'ensemble de l'édition japonaise. C'est pourquoi le manga est devenu un véritable phénomène de société puisqu'il touche toutes les classes sociales ainsi que toutes les générations grâce à son prix bon marché et à la diversification de ses sujets. En effet, le manga, en tant que miroir mais aussi modèle social, traite de tous les thèmes imaginables : la vie à l'école ou au lycée, celle du salarié, le sport, l'amour, la guerre, l'épouvante, jusqu'à des séries plus didactiques comme la littérature classique japonaise ou chinoise, l'économie et la finance, l'histoire du japon, la cuisine et même le code de la route, dévoilant ainsi ses vertus pédagogiques.


En 1985, Tezuka Osamu reçoit le prix culturel de Tōkyō, et en 1990, l'année qui a suivi sa mort, le Musée d'art moderne de Tōkyō lui consacre une exposition. Cet événement marque l'introduction du manga dans l'histoire culturelle japonaise.


En France

En France, de nos jours, les mangas ont encore une réputation sulfureuse acquise au début des années 1990, à cause de la diffusion de dessins animés japonais à un public auquel ils n'étaient pas destinés (les publications de mangas et d'animes sont très segmentées au Japon). Les succès récents des films d'Hayao Miyazaki, qui mettent notamment en lumière la diversité du manga, permettent de remettre en cause cette triste réputation. Début 2006, la France est, avec 10 millions d'exemplaires annuels, le plus gros "consommateur" de manga au monde après le Japon.

Le système de prépublication


Les mangas japonais sont très rarement édités directement sous forme de volumes reliés. Ils paraissent tout d'abord de manière découpée dans des magazines de prépublication, des revues spécialisées qui leur sont consacrées. Les rythmes de publication de ces magazines peuvent beaucoup varier, allant de l'hebdomadaire aux publications mensuelles voire trimestrielles. Les séries y sont souvent publiées par chapitres d'une vingtaine de pages. A l'intérieur d'un même magazine, le papier peut parfois changer de couleur, afin de distinguer rapidement - les manga se lisent toujours rapidement - les différentes séries les unes des autres. Ces magazines, bon marché, s'écoulent en grand nombre (c'est-à-dire en millions d'exemplaires...) et se lisent un peu partout. On en retrouve parfois abandonnés dans les trains, les rames de métro, les cafés...

Ce n'est que dans un deuxième temps, lorsqu'un manga rencontre un certain succès, qu'il est édité en volume relié, similaire à ceux que l'on trouve en France, entammant ainsi une deuxième carrière. Ces volumes reliés sont appelés Tankōbon (format poche), bunkōbon (format plus compact, utilisé pour des rééditions) ou wide-ban (format « luxe », plus grand que le format poche). Dans certains cas, un manga à succès peut se voir adapté en anime (dessin animé).


Quelques magazines de prépublication hebdomadaires :

· Weekly Shōnen Jump (Shūeisha),
· Weekly Shōnen Magazine (Kōdansha),
· Shōnen Sunday (Shōgakukan).


Certains titres atteignent couramment les 400 pages hebdomadaires, avec des tirages avoisinant les 6 millions d'exemplaires.

Techniques spécifiques au genre


Techniquement parlant, les mangas sont presque toujours en noir et blanc. En effet, ils sont la plupart du temps publiés dans un premier temps dans des revues peu coûteuses, sur du papier recyclé, et souvent seules les premières pages de la revue (correspondant à une mise en avant d'une série particulière) ont droit à de la couleur. C'est ainsi que l'on retrouve parfois des pages en couleur au beau milieu des uvres éditées par la suite séparément.

Notons au passage que les mangas comptent souvent un nombre de pages (de planches) très importants. A titre d'exemple, une BD européenne contiendra une quarantaine de planches quand le manga en contera plus d'une centaine, et parfois même plus de deux cent. Par ailleurs, le manga est le plus souvent une série en plusieurs volumes. Au final, le nombre total de planches racontant une histoire dans un manga est beaucoup plus élevé que dans une BD à l'européenne (même s'il s'agit d'une série). Ceci affecte par conséquent beaucoup la structure du récit et sa narration. D'où des techniques propres au manga.

Le dessin, en général, est moins « statique » que dans les bandes dessinées occidentales. Le manga utilise un découpage temporel proche de celui du cinéma, adoptant souvent ses cadrages et utilisant une décomposition du temps et de l'action. Les personnages ont souvent de grands yeux, ce qui permet de renforcer l'expressivité du visage. De nombreux codes graphiques sont utilisés pour symboliser l'état émotionnel ou physique d'un protagoniste. L'étonnement, par exemple, est souvent traduit par la chute du personnage ; l'évanouissement, par une croix remplaçant les yeux. Dans le manga City Hunter (connu sur le petit écran français sous le nom Nicky Larson), la colère de Kaori (Laura) est souvent traduite par la sortie inopinée d'une énorme massue qu'elle assène sur la tête de son partenaire.

Il y a également une fréquente utilisation d'onomatopées relatives aux mouvements, actions ou pensées des personnages. Notons au passage que le japonais est beaucoup plus riche que le français en onomatopées et que leur champ d'application est plus large, incluant des concepts surprenants tels que l'onomatopée du sourire (niko niko : qui ressemble étrangement au « neko » de chapatiz ), du silence (shiiin) ou encore du scintillement (pika pika, d'où le nom de Pikachu).
Une autre particularité est le jeu de l'auteur avec le lecteur. Ainsi, dans Rough (un manga de Mitsuru Adachi qui fut dessiné de septembre 1987 à novembre 1989 et comprend 12 volumes, publiés chez Shōnen Sunday. C'est un des rares grands titres de l'auteur à ne pas avoir connu d'adaptation en dessin animé ), on peut voir les personnages faire de la publicité pour d'autres mangas de l'auteur, ou bien ramasser des phylactères tombés sur le sol !

De manière générale, on peut noter une plus grande liberté quant à l'interaction entre les dessins et leur support (jeu avec les cadres, personnages sortant des cadres, etc.).

Dans les manga destinés à la jeunesse, les kanji, caractères chinois ou sinogrammes, sont souvent accompagnés de furigana pour faciliter la lecture.

 

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